TITRE_BIOGRAPHIE
 
Biographie flash
Letizia Galli commence une carrière d'architecte avant de fournir au Corriere dei Piccoli de savoureuses bandes dessinées adaptées des grandes oeuvres du théâtre ou de l'opéra. Après ces débuts remarqués dans son pays natal, elle publie, comme illustratrice ou auteur-illustrateur, de nombreux albums principalement en Espagne, aux États-Unis, en Allemagne, et en France.
Sa première source d'inspiration est l'Italie patrimoniale chère à son enfance toscane, et, seule ou avec la complicité de Monica Sangberg ou de la scénariste Laura Fischetto, elle crée des albums savants et fantaisistes à la fois qui rendent accessibles les univers artistiques de Vinci ou Michel-Ange (Mona Lisa, the secret of the smile, 1996 et Michael the angel, 1993), le cinéma de Fellini auquel elle dédie un album (Le Rêve de Federico, Prix Encres et argent, 1994), des personnages historiques tels Christophe Colomb (All pigs on deck, 1991), les héros de la Commedia dell Arte (Harlequin and the Green Dress 1994 – Des Lires, 2003), les mythes gréco-latins (Prix Octogone, 1991) et la Bible (72 épisodes télévisés, 1987-1988 puis livres traduits en 27 langues).
Grande admiratrice des avant-gardistes russes mais aussi du Pop-Art, de Rauschenberg ou Rosenquist, elle assimile pour les faire siennes ces différentes inspirations esthétiques dans des albums plus personnels qui ont pour héros des enfants de notre temps, petit mendiant du métro de Moscou (Connais-tu Igor? Prix Octogone, 1998 – Deux prix en Allemagne), rappeur en herbe (Le Rythme de la rue, 1997), jeune caribéen troublé par les mystères des mondes parallèles (Comme le papillon, 2000), ou vaillante Alice latino-américaine victorieuse de la peur (La Folle équipée, 2005).
Elle crée en 2008 une série de petits livres altermondialistes édités en Italie et Espagne par Benetton.
De la romancière guadeloupéenne Maryse Condé, elle a illustré un petit roman de science-fiction, La Planète Orbis (2002), et un superbe voyage initiatique sur le Niger, A la courbe du Joliba (2006).
Un univers ambitieux, animé d'une réelle exigence culturelle, d'une belle richesse graphique, inspiré par des sentiments généreux sans mièvrerie, où l'amour de la musique et de l'art tient une place de choix.

Janine Kotwica
extrait du:
"Dictionnaire encyclopédique de littérature de jeunesse" à paraître au Cercle de le Librairie
 
Letizia vous raconte
Je suis née à Florence. J'ai une sœur aînée, mon père était professeur à l'Université et ma mère était au foyer.
Divers problèmes de santé m'ont éloignée de l'école primaire que j'ai reprise plus tard à cœur joie.
A l'école tout m'intéressait : c'était ma fenêtre sur le monde. Je me rappelle encore distinctement des odeurs différentes de certains de mes enseignants. Occupée comme j'étais à observer tout ce qui m'entourait, lors des heures de cours j'étais souvent distraite, et pour cela j'étais préparée à des punitions. Les trois pâtés qui me séparaient de la maison où j'habitais me donnaient, à la sortie de l'école, l'occasion de nouvelles découvertes : cela aussi me coûtait une raclée quotidienne à la rentrée, faute de mon retard à l'heure du déjeuner.
Bientôt, j'avais 9 ans, je suis tombée amoureuse d'un copain de ma classe, ce qui a aggravé mon état de distraction. Je me rappelle très bien de cet état d'émotion amoureuse, le même que j'éprouvais à la vue de Gregory Peck à l'écran du cinéma Fulgor où je me rendais avec ma grand-mère adorée. La différence était que Gregory Peck, car irréel, me faisait tomber dans les pommes, ce qui attendrissait encore plus ma grand-mère.
Plus tard, mes absences sont devenues considérables car je m'arrêtais en chemin pour dessiner sur des petits carnets tout ce que je voyais, édifices, églises et personnages. J'avais joué plus petite à un jeu de cartes représentant les peintures et les édifices florentins, et c'était pour moi jouissif d'avoir si à ma portée toutes ces beautés que j'avais découvertes depuis longtemps avec ces cartes. Est-ce le signe prémonitoire de certaines de mes œuvres futures ?
Me voilà devenue une vraie mauvaise élève, entachée d'ignorance dans les matières d'étude et d'absences répétées, passées à rêvasser au sommet du Campanile di Giotto. En bonne débrouillarde, je vendais les manuels scolaires pour m'acheter crayons, couleurs, et pinceaux et c'est bien aux oraux que j'ai piqué mon habitude de parler lentement, le temps qu'il fallait pour capter les réponses à donner aux professeurs, chuchotées par mes généreux camarades.
Pendant mes dernières années de lycée vinrent les cours de peinture à l'Académie des Beaux Arts de Florence, où je n'ai pas eu la chance, vu l'opposition de mes parents, de pouvoir m'inscrire successivement. Les quelques cours privés étaient toujours payés en monnayant les manuels scolaires.
A cette époque, dans un petit musée à Venise, le Guggenheim, j'ai découvert les tous premiers tableaux de la Pop Art qui m'ont sidérée.
Est-ce aussi un autre signe prémonitoire de certaines de mes œuvres futures ?
Mes années à la Faculté d'Architecture ont été très heureuses, il m'était possible de dessiner à l'encre de Chine et sculpter, tout en apprenant par cœur le reste. A cette époque je rêvais de devenir sculptrice et à l'âge de 22 ans j'ai gagné mes premiers sous avec une troisième place à un concours de sculpture national organisé par la grande entreprise sidérurgique italienne "Dalmine".
Après mon diplôme d'architecte, intitulé "L'empreinte du féminin sur l'architecture", j'ai enseigné le dessin à une classe de gamins sympathiques aux alentours de Florence : on visitait la campagne, on faisait la connaissance des fleurs et des plantes et la plupart du temps je faisais l'arbitre aux matchs de foot de mes élèves.
Je n'ai pas réussi ma carrière d'architecte, car cela m'ennuyait beaucoup, ni celle de sculptrice, car je n'en avais pas les moyens, ni d'enseignant, et à l'âge de trente ans, une étoile fort lumineuse m'a conduite sur ce que je crois le bon chemin : j'ai quitté Florence, l'architecture et le reste et j'ai émigré à Milan, pour tenter la fortune. A l'époque Milan était un lieu prospère et foisonnant et j'ai eu la chance d'une expérience extraordinaire de dessinatrice dans des domaines différents. J'ai publié mon premier livre pour les enfants en 1975 et commencé à tracer ce chemin en publiant d'autres livres en Espagne, en Italie et en France. Les années suivantes ont été formidables et j'ai pu travailler passionnément pour la télévision (Il Granracconto) pour la publicité et pour la presse.
J'ai quitté Milan pour Paris en 1990, ce dont j'avais toujours rêvé. Ce choix m'a beaucoup apporté et à partir de ce moment je me suis consacrée exclusivement aux livres pour les enfants.
Mes livres publiés ont fort heureusement connu un succès international, et j'ai aussi publié sept livres aux USA.
La diversification des thèmes et des arguments m'ont portée dans les années plus récentes à une recherche qui continue à se renouveler au gré de mon inspiration.
Ainsi dans « Le Rythme de la Rue » j'ai utilisé la peinture à l'huile, dans « Connais-tu Igor » immergée que j'étais dans la découverte de la Russie, j'ai utilisé des acryliques et des gouaches et marqué la référence au langage du constructivisme russe, que j'adore toujours.
En dernier « La Folle Equipée » rend un hommage sensible au dernier courant de l'histoire de l'art moderne, la Pop Art new-yorkaise avec une recherche majeure sur les aplats et des clins d'œil à mes peintres préférés.
A conclure cette longue autobiographie, reste vif et intense dans mon quotidien ce plaisir de dessiner et la sensation de ne m'être jamais ennuyée.
Le dessin me transporte-t-il ailleurs, moi, signe volatil et fugace, fait d'air et d'eau ?
 
Letizia Galli
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